Témoin à charge

Burqa : une jeune femme née en France a le courage de raconter dans un livre ses mois d’oppression

En plein débat sur le projet de loi visant à interdire le port de la burqa dans l’espace public, une jeune femme née en France a le courage de raconter dans un livre (1) ses mois d’oppression. Sujet sensible éclairé par un échange de points de vue.

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“Pendant plusieurs années, contrainte par mon mari, je suis restée sous un amas de tissu noir, raide comme une cage, oubliée de tous et de moi-même. Dans la banlieue où je vivais, quand j’allais chercher mon enfant à l‘école – la dernière chose autorisée, les courses et même la mosquée m‘étaient interdites -, j’entendais des gens me traiter de corbeau, de spectre, de Dracula. D’autres mères n’osaient pas me parler. J’aurais pu mourir, personne ne s’en serait aperçu. Je n’ai rien vu venir.

Mon mariage fut un mariage d’amour après un vrai coup de foudre. Mon mari avait tenu ses promesses, m’avait emmenée sur les Champs-Élysées en me prenant la main. Après la naissance de notre enfant, il a changé, tombé sous l’emprise de ce que j’appelle une secte intégriste.

Le harcèlement a commencé. J’ai dû quitter mon travail, mettre un petit foulard, puis des robes de plus en plus amples sur les pantalons, des chaussettes foncées, un imperméable pour couvrir le tout. J’ai reçu un premier jilbab pour effectuer mes prières, puis mon mari m’a imposé de porter toutes les pièces pour disparaître du monde : le voile intégral avec la fente pour les yeux, une robe longue et noire, un carré de mousseline et ses cordelettes pour masquer mes yeux. Parce que je refusais, il m’a rouée de coups, battue, brûlée même, sûr que personne n’en verrait les traces sous le niqab. Je n‘étais plus en état de réfléchir.

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Divorcer ? Je voulais essayer de sauver mon fils de l’opprobre. Un jour, sur le palier, une voisine m’a vue, le visage découvert. Elle a compris dans quel engrenage je me trouvais, m’a parlé, dit de fuir avec mon enfant sur-le-champ. Elle m’a sauvée. Aujourd’hui je travaille, mais menacée par mon mari et ses “amis”, j’exhorte la classe politique française à ne pas baisser les bras devant cette vague fondamentaliste, à ne pas douter de son bon droit, à la combattre. Elle doit venir en aide à des gens comme moi. Sinon, qui le fera ?”

Réactions

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SIHEM HABCHI : présidente de Ni Putes Ni Soumises

“Il faut élever un rempart pour bétonner le vivre ensemble, et ce rempart c’est la loi qui doit en être la charpente. Si on n’interdit pas le niqab, c’est qu’on renonce à l’essence de notre société fondée sur la laïcité, qu’on accepte de laisser notre pays aux mains de prédicateurs qui achètent à bas prix la paix sociale.

Tous les jours des femmes sont réduites au silence, frappées, contraintes à la polygamie. Les diktats religieux sont tels que les femmes restent à la maison tandis que les hommes créent leurs petites entreprises indépendantes ou, s’ils n’y arrivent pas, d’allocations. Des générations de femmes se sont battues pour que la politique entre dans la sphère privée. Ce n’est pas le moment d’abdiquer.”