
Des chercheurs américains ont pour la première fois établi un lien surprenant entre la maladie d’Alzheimer et une forme de protection contre le cancer. Une découverte qui pourrait ouvrir la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques pour lutter à la fois contre les tumeurs, le vieillissement et certaines maladies neurodégénératives.
Un lien intrigant entre Alzheimer et cancer
Depuis plusieurs années, les scientifiques s’interrogent sur les relations entre la maladie d’Alzheimer et le cancer. Selon la Fondation Alzheimer, certaines études ont mis en évidence un phénomène paradoxal : les personnes ayant eu un cancer semblent moins susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer. Dans le cadre de l’étude de cohorte Mémento, les chercheurs ont même observé une réduction de près de 50 % du risque d’apparition de la maladie chez ces patients. Toutefois, aucune preuve directe de causalité n’a encore été démontrée.
Mais la question inverse suscite aujourd’hui un nouvel intérêt : et si les patients atteints d’Alzheimer présentaient eux-mêmes un risque moindre de cancer ? C’est précisément ce qu’a exploré une équipe de chercheurs de l’Université médicale de Caroline du Sud (États-Unis), dont les travaux ont été publiés dans la revue Cancer Research. Ils avancent une hypothèse audacieuse : une protéine liée à Alzheimer pourrait jouer un rôle protecteur contre le cancer en renforçant le système immunitaire.
21 % de risque en moins de développer un cancer
Pour étayer cette théorie, les chercheurs ont analysé cinq années de données issues d’enquêtes nationales représentatives. Leurs résultats sont éloquents : les personnes atteintes d’Alzheimer seraient 21 % moins susceptibles de développer un cancer que celles non atteintes. Ce constat soulève de nouvelles questions sur les mécanismes biologiques en jeu.
La clé de cette différence semble résider dans la protéine bêta-amyloïde, bien connue pour son rôle dans la formation des plaques cérébrales caractéristiques d’Alzheimer. Dans le cerveau, cette protéine perturbe un processus appelé mitophagie — le “nettoyage” des mitochondries défectueuses — entraînant l’accumulation de déchets cellulaires toxiques et contribuant à la mort des neurones. Mais dans d’autres parties du corps, notamment au sein du système immunitaire, cette même protéine pourrait avoir un effet bénéfique.
Quand la bêta-amyloïde devient un atout pour l’immunité
Les chercheurs ont découvert que chez certains lymphocytes T — des cellules clés du système immunitaire —, la bêta-amyloïde contribue à préserver leur énergie et à prolonger leur activité. Autrement dit, cette substance néfaste pour les neurones pourrait devenir un atout précieux pour les défenses immunitaires.
“Nous avons découvert que le même peptide amyloïde, destructeur pour les neurones, est en réalité bénéfique pour les lymphocytes T”, explique le professeur Besim Ogretmen, directeur associé des sciences fondamentales au Hollings Cancer Center. “Il régénère ces cellules, les rendant plus efficaces contre les tumeurs”, précise-t-il dans un communiqué de presse.
Une molécule prometteuse : le fumarate
Dans la continuité de leurs travaux, les chercheurs se sont également intéressés au fumarate, une molécule produite naturellement par l’organisme lors de la production d’énergie. Elle joue un rôle essentiel dans la régulation de la mitophagie. En administrant du fumarate à des lymphocytes T vieillissants, sur des modèles de souris et des tissus humains, ils ont constaté une régénération spectaculaire de ces cellules, qui redevenaient plus actives et plus performantes dans la lutte contre les tumeurs.
Vers une nouvelle approche thérapeutique
Ces résultats laissent entrevoir des perspectives fascinantes : il serait peut-être possible de “recharger” le système immunitaire, notamment chez les personnes âgées, pour renforcer leurs défenses naturelles. À terme, cette stratégie pourrait non seulement améliorer les traitements anticancer, mais aussi ralentir le vieillissement du système immunitaire et réduire le risque de maladies neurodégénératives.
Cette découverte majeure illustre à quel point les interactions entre le cerveau, le système immunitaire et le cancer sont complexes. En transformant une protéine associée à une maladie redoutée en un potentiel levier thérapeutique, les chercheurs ouvrent un nouveau chapitre dans la compréhension du vieillissement et de la santé humaine.
Sources :
- Alzheimer’s protein holds clues for fighting cancer – Medical University of South Carolina – 01/10/2025
- Ceramide Links Alzheimer’s Disease to Decreased Cancer Risk: A Lipid Behind the Enigma of Inverse Comorbidity – Cancer Research – 1/10/2025
- Existe-t-il un lien entre cancer et maladie d’Alzheimer ? Les conclusions du programme Mémenton, Fondation Alzheimer.