
Le Rassemblement national vient de remporter une victoire symbolique à l’Assemblée nationale, en faisant adopter une résolution visant à « dénoncer » l’accord franco-algérien de 1968. Un succès hautement politique pour Marine Le Pen, qui entérine un peu plus l’idée d’une union des droites.
Un vote symbolique… mais lourd de sens
L’Assemblée nationale a approuvé un texte invitant à remettre en question l’accord de 1968, un dispositif facilitant notamment l’obtention de visas pour certaines catégories de citoyens algériens. Techniquement, rien n’oblige le gouvernement à suivre cette recommandation : il s’agit d’un vote purement indicatif.
Mais sur le plan politique, le signal est immense. Pour la première fois depuis 1958, depuis le retour du général de Gaulle et l’instauration de la Ve République, un texte initié par l’extrême droite est adopté par les députés. Un basculement historique que beaucoup n’auraient jamais imaginé.
La question algérienne, une vieille blessure de l’extrême droite
Cette résolution touche à un sujet éminemment sensible : le rapport entre la France et l’Algérie. Or l’extrême droite n’a jamais véritablement fait le deuil de l’Algérie française. Comment oublier que plusieurs figures historiques du Front national sont issues de l’OAS, organisation armée qui mena des opérations terroristes et soutint même les tentatives d’assassinat contre de Gaulle ?
Et comment ne pas s’interroger lorsque ceux qui se revendiquent héritiers du gaullisme – à l’exception notable de Xavier Bertrand ou Jean-François Copé – se rangent sans hésiter derrière Marine Le Pen sur un dossier aussi chargé d’histoire ?
Laurent Wauquiez, notamment, revendique sans complexe ce rapprochement : « Quand le RN défend des convictions que nous partageons, il n’y a aucune raison d’être dans des postures politiciennes. »
Des raisons historiques et morales, peut-être ? Mais ces considérations ne semblent plus être la priorité de Wauquiez, de Bruno Retailleau ni d’une partie des élus LR.
Le début assumé de l’union des droites
Les partisans de cette résolution expliquent qu’il est nécessaire de « revoir » l’accord de 1968, face aux tensions récurrentes avec Alger : détention de l’écrivain Boualem Sansal, refus de reprendre les ressortissants visés par une OQTF, provocations diplomatiques…
Même le Premier ministre, Sébastien Lecornu, ancien LR, estime qu’une « renégociation s’impose » car le texte appartient à un autre temps.
Mais pourquoi suivre l’agenda du RN ? Pourquoi laisser à l’extrême droite l’initiative sur une question aussi symbolique ?
Parce que ce vote acte la fin du fameux « cordon sanitaire » instauré à l’époque de Jacques Chirac. La digue tombe : l’union des droites n’est plus une hypothèse, elle devient une réalité qui s’affiche désormais au grand jour.
Les députés RN ne s’y sont pas trompés, parlant d’une « victoire historique ».
Un bénéfice net pour Marine Le Pen et Jordan Bardella
Qui sort gagnant de cette nouvelle configuration politique ? Marine Le Pen et Jordan Bardella, sans aucun doute.
Les derniers sondages confirment leur progression, tandis que les figures de la droite classique – Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Laurent Wauquiez – peinent à convaincre et voient leurs dynamiques électorales s’effriter.
À force de courir derrière l’extrême droite, la droite républicaine risque bien de s’y perdre. Et ce nouveau vote symbolique autour de l’Algérie le démontre : face au RN, suivre n’a jamais permis de rattraper.