Un mauvais sommeil accélérerait le risque de démence : l’alerte des chercheurs

Alors que les maladies neurodégénératives progressent partout dans le monde et touchent un nombre croissant de personnes âgées, la recherche scientifique met en lumière un facteur longtemps sous-estimé mais pourtant essentiel : la qualité du sommeil. Dormir ne serait pas seulement un moment de repos, mais un véritable pilier de la santé cérébrale et de la prévention du déclin cognitif.

Sommeil et cerveau : un lien désormais bien établi

De nombreuses études ont déjà montré que le sommeil joue un rôle clé dans le bon fonctionnement du cerveau. Des travaux publiés dans la revue scientifique Brain avaient notamment démontré que les réveils nocturnes répétés pouvaient fragiliser les vaisseaux sanguins cérébraux, accélérer la perte de mémoire et, à terme, augmenter le risque de démence.

Par ailleurs, une étude parue dans eBioMedicine indiquait que les personnes souffrant de troubles du sommeil présentaient plus fréquemment un cerveau dont l’aspect semblait plus âgé que leur âge réel, signe d’un vieillissement cérébral prématuré.

Une nouvelle étude alarmante sur l’insomnie chronique

Plus récemment, des chercheurs de la Mayo Clinic se sont intéressés plus précisément aux effets de l’insomnie chronique sur le risque de démence. Leurs conclusions, publiées dans la revue Neurology, renforcent les inquiétudes : le manque de sommeil régulier favoriserait l’apparition de troubles cognitifs durables.

Pour mener cette étude, les scientifiques se sont appuyés sur les données de 2 750 participants, âgés en moyenne de 70 ans. Au début du suivi, il leur a été demandé s’ils dormaient plus ou moins que d’habitude durant les deux semaines précédentes. Les volontaires ont ensuite passé chaque année des tests destinés à évaluer leur mémoire et leurs capacités cognitives.

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Une partie d’entre eux a également bénéficié d’examens d’imagerie cérébrale afin de détecter d’éventuels marqueurs de maladies neurodégénératives. La durée moyenne du suivi était de plus de cinq ans.

Un risque accru de 40 % de troubles cognitifs

Les résultats sont sans appel. Sur la période étudiée, 14 % des personnes souffrant d’insomnie chronique ont développé une déficience cognitive légère ou une démence, contre 10 % chez celles qui dormaient normalement. En tenant compte de l’ensemble des données, les chercheurs ont conclu que l’insomnie augmentait de 40 % le risque de développer un trouble cognitif ou une démence. Ils précisent également que les performances aux tests cognitifs déclinaient plus rapidement chez les personnes concernées.

Des effets comparables à plusieurs années de vieillissement

Dans le détail, les auteurs observent que les participants déclarant dormir moins que d’habitude présentaient des résultats cognitifs équivalents à ceux d’une personne environ quatre ans plus âgée. Les examens cérébraux révélaient aussi davantage de marqueurs associés aux maladies neurodégénératives. Ces effets étaient encore plus marqués chez les personnes porteuses du gène APOE ε4, connu pour augmenter le risque de maladie d’Alzheimer.

Pourquoi le manque de sommeil abîme-t-il le cerveau ?

Interrogé par The Conversation, Timothy Hearn, maître de conférences en bio-informatique à l’Université Anglia Ruskin, explique que l’insomnie chronique pourrait augmenter l’accumulation d’amyloïde dans le cerveau, altérer la substance blanche et favoriser des déséquilibres comme l’hypertension ou l’élévation de la glycémie, autant de facteurs nocifs pour le tissu cérébral.