
Face à la baisse du pouvoir d’achat qui touche une grande partie des Français, certains professionnels de la restauration font le choix de prendre des mesures fortes pour répondre à un autre problème tout aussi préoccupant : le gaspillage alimentaire. À Quimper, plusieurs restaurateurs ont ainsi décidé d’agir concrètement… en appliquant une facturation supplémentaire lorsque les clients laissent trop de nourriture dans leur assiette.
Chaque année, le gaspillage alimentaire représente un véritable fléau en France. Selon le ministère de l’Écologie, près de 10 millions de tonnes de nourriture sont jetées, soit un coût estimé à 16 milliards d’euros. Un chiffre impressionnant qui illustre l’ampleur du phénomène. D’après une étude de l’Ademe, environ 33 % de ce gaspillage intervient directement au moment de la consommation, notamment dans les foyers… mais aussi dans les restaurants.
Face à ce constat, certains professionnels refusent de rester passifs. C’est le cas de Sarah et J.-P. Xu, propriétaires de deux établissements à Quimper : L’Atlantis et L’Aigle Royal. Confrontés eux aussi à la hausse des coûts des matières premières et à une clientèle parfois peu attentive aux quantités commandées, ils ont décidé de mettre en place une règle simple mais dissuasive : toute assiette laissée largement entamée peut entraîner un supplément de 5 euros.
Une décision assumée, qui s’inscrit dans une volonté de responsabiliser les clients sans pour autant les pénaliser injustement. Les restaurateurs précisent en effet qu’ils n’appliquent cette mesure qu’en cas de gaspillage manifeste. Si un client n’apprécie pas un plat ou rencontre un problème de qualité, la situation est bien entendu prise en compte. L’objectif n’est pas de sanctionner à tout prix, mais de sensibiliser.
Depuis la mise en place de cette règle il y a plusieurs mois, les cas restent relativement rares. En moyenne, les restaurateurs évoquent une situation problématique par mois. Pourtant, ils ont déjà dû appliquer à neuf reprises une “amende” de 45 euros, correspondant à plusieurs suppléments. Une somme qui, selon eux, n’a rien d’une stratégie lucrative, mais qui traduit plutôt un manque de respect évident face au travail fourni et aux produits utilisés.
Il faut dire que les volumes servis dans leurs établissements sont particulièrement élevés. L’un des restaurants peut accueillir entre 300 et 1.000 couverts, tandis que l’autre en sert entre 180 et 600. Dans ces conditions, même un faible pourcentage de gaspillage peut représenter des quantités importantes de nourriture jetée chaque jour.
Au-delà de la sanction financière, les gérants privilégient avant tout le dialogue. Ils n’hésitent pas à se rendre directement auprès des tables signalées par leur équipe pour échanger avec les clients. Cette approche pédagogique permet souvent d’éviter les tensions et de rappeler que chacun peut agir à son niveau contre le gaspillage.
Et cette initiative semble globalement bien accueillie. Une grande partie de la clientèle comprend la démarche et la soutient même activement. Certains parents, par exemple, se montrent plus vigilants avec les portions servies à leurs enfants, les incitant à goûter avant de se resservir. Un changement de comportement qui, petit à petit, contribue à réduire les pertes.
Issus eux-mêmes de familles de restaurateurs, Sarah et J.-P. Xu accordent une importance particulière à la gestion responsable des produits, aussi bien en salle qu’en cuisine. Leur philosophie est claire : mieux vaut travailler des produits frais, en quantités maîtrisées, plutôt que de céder à une logique de surplus inutile.
À leurs yeux, Quimper fait déjà partie des “bons élèves” en matière de lutte contre le gaspillage, mais il reste encore du chemin à parcourir. Leur initiative, aussi simple soit-elle, rappelle que des solutions concrètes existent… à condition que chacun accepte de faire un effort.