
Ces nouveaux radars ne surveillent plus seulement la vitesse : ils observent désormais l’intérieur des véhicules. Et dans certains cas, leurs erreurs peuvent coûter très cher aux automobilistes.
Recevoir une amende de 135 euros alors qu’on respecte les règles paraît difficile à imaginer. Pourtant, plusieurs conducteurs affirment avoir été sanctionnés à tort par des radars installés le long des voies réservées au covoiturage. Ces dispositifs, présentés comme une solution moderne pour mieux gérer la circulation, seraient parfois incapables d’identifier correctement les passagers présents dans les voitures.
Depuis quelques années, les voies dédiées au covoiturage se développent rapidement sur les grands axes routiers. Elles sont accessibles, à certaines heures, aux véhicules transportant au moins deux personnes, mais aussi aux taxis, aux transports en commun ou encore à certaines motos selon les réglementations locales. Le but est de réduire les embouteillages, encourager le partage des trajets et limiter la pollution dans les grandes agglomérations. Selon les chiffres relayés par le Cerema et repris par plusieurs médias, près d’une cinquantaine de voies de ce type existent déjà en France, avec des tronçons pouvant atteindre plusieurs dizaines de kilomètres.
Des radars capables d’observer l’habitacle des voitures
Pour contrôler ces voies spéciales, plusieurs villes françaises se sont équipées de radars d’un nouveau genre. On en retrouve notamment à Paris, Lyon, Grenoble, Strasbourg ou encore dans certaines zones du Nord. Contrairement aux radars classiques, ils ne mesurent pas la vitesse. Leur mission consiste à vérifier combien de personnes se trouvent à l’intérieur du véhicule.

Ces équipements utilisent principalement deux technologies. Certains fonctionnent grâce à des caméras thermiques capables de détecter la chaleur dégagée par les occupants. D’autres utilisent des caméras infrarouges qui photographient l’intérieur du véhicule avant qu’une intelligence artificielle analyse les images pour repérer les silhouettes des passagers.
Sur le papier, ce système permet un contrôle rapide et automatisé. Mais dans la réalité, plusieurs situations semblent poser problème, notamment lorsque les passagers sont difficiles à distinguer.
Des erreurs signalées avec les enfants en bas âge
Les cas les plus fréquents concerneraient les bébés et les jeunes enfants installés dans des sièges auto. Selon plusieurs témoignages, l’intelligence artificielle aurait parfois du mal à repérer un nourrisson placé dans un cosy ou un siège orienté vers l’arrière. L’enfant ne serait alors pas comptabilisé comme passager, malgré sa présence à bord.
Conséquence : certains parents circulant pourtant légalement sur une voie de covoiturage recevraient une amende forfaitaire de 135 euros. Pourtant, la réglementation est claire : un enfant compte bien comme passager, quel que soit son âge.
Un contrôle humain censé éviter les erreurs
Ces radars ne fonctionnent pas exactement comme les radars automatiques traditionnels. Le système repose sur une vidéoverbalisation assistée par ordinateur. En théorie, lorsqu’une infraction est détectée par la machine, un agent assermenté doit ensuite vérifier les images avant de valider l’amende.
Ce contrôle humain est justement censé éviter les erreurs de détection, notamment dans les situations où la visibilité à l’intérieur du véhicule est mauvaise. Mais plusieurs automobilistes verbalisés à tort remettent aujourd’hui en question l’efficacité réelle de cette vérification.
Une fiabilité qui fait débat

Pour Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, ces erreurs soulèvent un problème plus large concernant la fiabilité du système dans son ensemble. Selon lui, si la machine ne distingue pas correctement les occupants d’un véhicule, le contrôle humain devrait normalement permettre d’éviter une sanction injustifiée.
Il estime pourtant que certaines amendes montrent que cette vérification serait parfois réalisée de manière trop rapide. D’après lui, plusieurs automobilistes se retrouvent sanctionnés alors qu’ils respectaient les règles de circulation.
Face à ce type de situation, les conducteurs concernés sont invités à contester l’amende en fournissant toutes les preuves possibles démontrant la présence d’un passager dans le véhicule. Une procédure souvent longue et contraignante, mais indispensable pour faire annuler une verbalisation jugée injustifiée.