
Après neuf années passées à l’antenne, une chaîne emblématique de la TNT s’apprête à s’éteindre définitivement, laissant derrière elle une équipe marquée par l’émotion et le sentiment d’un travail accompli. Pour ceux qui ont consacré leur énergie et leur passion à cette aventure télévisuelle, le moment est particulièrement difficile. Certains n’ont d’ailleurs pas résisté à l’envie de prendre la parole une dernière fois, histoire de dire au revoir avant le clap de fin.
Un été 2024 sous haute tension pour la TNT
L’été 2024 n’aura rien eu de calme pour le paysage audiovisuel français. Alors que cette période est habituellement synonyme de relative accalmie, une décision majeure de l’Arcom est venue bouleverser l’équilibre de la TNT gratuite. À l’issue de l’examen des dossiers de renouvellement des fréquences, C8 et NRJ12 ont été écartées au profit de deux nouvelles chaînes : OFTV, soutenue par Ouest-France, et ReelsTV, rebaptisée T18 sous la direction de CMI France.
Pour NRJ12, c’est principalement la question de la viabilité financière qui a posé problème. De son côté, C8 a vu son dossier fragilisé par plusieurs critiques, notamment liées à sa rentabilité et au non-respect répété du cahier des charges. La chaîne a également payé le prix fort de ses nombreux dérapages éditoriaux. En douze ans, 52 sanctions ont été prononcées à l’encontre de C8 et de CNews. Les polémiques à répétition autour de Cyril Hanouna et de Touche pas à mon poste ont clairement pesé dans la balance.
Et comme si ce contexte déjà tendu ne suffisait pas, une autre chaîne s’est, elle aussi, vue contrainte de mettre la clé sous la porte, ajoutant un nouveau rebondissement à une année décidément mouvementée pour la télévision française.
Ces chaînes qui ont disparu bien avant la tempête actuelle
La disparition programmée de C8 et NRJ12 fin février n’est en réalité qu’un nouvel épisode d’une longue série. Bien avant la création de l’Arcom en 2022, plusieurs chaînes avaient déjà quitté la TNT. C’est notamment le cas de Canal J et d’AB1. À la différence des chaînes récemment évincées, leurs propriétaires avaient toutefois choisi de ne pas les abandonner, préférant les repositionner sur le câble et le satellite.
Canal J, alors propriété de Lagardère Active, avait obtenu une fréquence sur la TNT payante en 2003. Mais six ans plus tard, face à des coûts devenus prohibitifs, la chaîne a été contrainte de renoncer. À l’époque, la diffusion sur la TNT représentait une facture annuelle comprise entre 4 et 5 millions d’euros, un montant jugé intenable. « Cette facture est devenue insupportable pour Canal J », expliquait alors Emmanuelle Guilbart, responsable du pôle jeunesse du groupe.
Malgré un chiffre d’affaires oscillant entre 15 et 20 millions d’euros, la chaîne atteignait tout juste l’équilibre financier, sans réelle marge de manœuvre. AB1 a connu un sort similaire en 2008. Déjà confrontée à une dépense annuelle de près de 4 millions d’euros pour rester sur la TNT, la chaîne voyait cette somme menacer de grimper jusqu’à 6 millions avec l’extension de la couverture. Un coût disproportionné au regard du nombre d’abonnés, comme le rapportait Le Monde à l’époque.
BFM Paris tire à son tour sa révérence
Après neuf ans d’existence, BFM Paris, devenue BFM Paris Île-de-France, a officiellement cessé d’émettre ce vendredi 14 mars à 20 heures. Sur le canal 30, l’écran s’est éteint sur une note volontairement légère : un bêtisier diffusé pour adoucir la séparation. « BFM Paris Île-de-France, c’est terminé… On se quitte avec le sourire grâce à un dernier bêtisier, merci infiniment pour votre fidélité », pouvait-on lire sur X. Une conclusion attendue, la fermeture ayant été annoncée dès le mois de décembre.
À l’image de la dernière soirée de NRJ12, l’émotion était palpable sur le plateau de la toute dernière émission, animée par Alexia Elizabeth. Face aux téléspectateurs, la présentatrice a tenu à remercier le public et à rendre hommage à l’ensemble de ses collègues. « C’est un grand moment d’émotion pour tout le monde autour de ce plateau. On va se laisser sur un bêtisier parce qu’il vaut mieux se quitter en riant un petit peu », a-t-elle confié, sous les applaudissements. Sur le site officiel de la chaîne, le message était tout aussi clair : « Ce vendredi 14 mars, la chaîne BFM Paris Île-de-France arrête d’émettre. L’ensemble de l’équipe vous remercie infiniment pour votre fidélité durant ces neuf années. »
Une aventure marquée par l’actualité… mais plombée par les finances
BFM Paris Île-de-France aura pourtant couvert de nombreux événements marquants, comme l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019. Mais ces moments forts n’ont pas suffi à garantir sa pérennité. Lancée en 2016 par Patrick Drahi et Alain Weill, la chaîne a rapidement accumulé des pertes financières importantes.
Alors que les autres chaînes locales du groupe affichaient des déficits compris entre 4 et 6 millions d’euros, BFM Paris Île-de-France enregistrait à elle seule des pertes annuelles estimées entre 2 et 3 millions d’euros. Une situation devenue intenable. Selon Puremédias, la chaîne employait encore récemment 27 journalistes en CDI, ainsi que cinq salariés dédiés à la régie publicitaire. Face à cette fermeture, le groupe Altice Media, lui-même en grande difficulté financière, a assuré vouloir privilégier la mobilité interne afin de reclasser un maximum de collaborateurs.
Pour ce dernier tour de piste, la chaîne a tenu à rendre hommage à ceux qui ont contribué à son histoire, en diffusant une vidéo réunissant d’anciens journalistes. Parmi eux, Virgilia Hess, aujourd’hui en rémission, a livré un message particulièrement émouvant : « Un petit message pour vous dire au revoir et surtout merci ! BFM Paris ferme ses portes ce soir, mais j’emporte avec moi tous les merveilleux souvenirs que j’ai sur cette chaîne, notamment les matinales où j’ai eu la chance de vous accompagner pour la météo. »
Après C8 et NRJ12, une nouvelle chaîne rejoint donc le cimetière déjà bien rempli de la TNT, symbole d’un paysage audiovisuel français en pleine mutation.