Longtemps, Patricia hésite. Puis elle se lance. Écrire cette lettre est l’une des épreuves les plus difficiles de sa vie. Comment commencer ? « Cher Monsieur » ? « Cher papa » ? Un mois plus tard, la réponse arrive. En découvrant l’enveloppe dans la boîte aux lettres, ses jambes se dérobent. Elle doit s’asseoir pour lire. Clifford confirme : il est bien son père.
En septembre 1994, Patricia et sa fille s’envolent pour Kansas City. Elle y retournera cinq années de suite. L’accueil est toujours correct, respectueux, mais distant. En 1999, elle cesse les voyages. Quelque chose lui manque. Un mot, un geste, une reconnaissance plus franche. Elle attend longtemps un signe qui ne viendra jamais vraiment.
De son père, elle recevra surtout des souvenirs : ses plaques militaires, leur chaîne, quelques photos. Peut-être aurait-il voulu lui donner davantage, mais il s’est retenu par égard pour sa seconde fille, très jalouse de ces retrouvailles tardives.
Aujourd’hui, Clifford a 97 ans. Il vit dans une résidence pour seniors. Ils continuent de s’écrire. Patricia ne regrette rien. « Je suis heureuse de l’avoir retrouvé, car j’ai toujours eu l’impression de l’avoir attendu toute ma vie. » Mais celle à qui il a le plus manqué, c’est sa mère.
Le jour où Patricia lui annonce qu’elle a retrouvé Clifford, Simone la regarde longuement. Un regard qu’elle n’oubliera jamais. Un mélange de surprise, de colère et de tristesse. Le résumé silencieux de cinquante années d’amour inachevé.
Legacy (FAC)
