Une carte du monde s’affiche sur l’écran de son ordinateur, nous découvrons des pourcentages : 36,4% ibère, 28,6% italien du sud, 5,9% nord-africain, 1,9% juif ashkénaze… Nous rions, émettons des hypothèses, l’imagination galope. C’est ludique et même assez excitant. Nous aurions pu en rester là.
“Je suis enfermée dans le déni”
Mais mon fils décide de cliquer sur un onglet joliment intitulé “correspondances” : la liste de toutes les personnes qui elles aussi ont fait un test et possèdent un peu d’ADN commun avec lui. Beaucoup de noms italiens défilent, normal. Et puis un nom français retient mon attention, c’est celui d’un collègue de ma mère. Il venait souvent à la maison quand j’étais gamine.
Je le lis à haute voix et interpelle ma mère sur le ton de la boutade : c’est fou quand même cette coïncidence, tu ne trouves pas maman ? Elle noie le poisson, avance que c’est un nom très répandu. Pas tant que ça… Mais à ce moment-là, je suis complètement enfermée dans le déni. La vérité qui commence à s’esquisser ne parvient pas à se frayer un chemin jusqu’à ma conscience.
Mon corps, lui, a sans doute déjà compris et il s’exprime. Dans les mois qui suivent, je ne vais pas bien du tout. Je maigris, kilo après kilo, je disparais dans mes vêtements. J’éprouve un irrépressible besoin de solitude, jusqu’à louer un studio pour m’y retirer. Mon compagnon et mes fils ne comprennent pas ce qui m’arrive. Moi non plus.