Elle fait un test ADN et découvre que sa fille…

Il n’a eu de cesse de la mettre dans son lit, puis une fois qu’il est parvenu à ses fins, il ne l’a plus lâchée. Passé un instant d’égarement, elle n’a plus voulu, lui si. Alors il l’a forcée, la menaçant de tout révéler à son mari et de la faire licencier si elle mettait fin à leur liaison. Quand elle a réalisé qu’elle attendait un enfant de lui, le silence lui est apparu comme la seule issue.

A l’époque, on ne “balançait pas son porc”, on ne parlait pas de ces choses-là. Et quand plus tard elle a trouvé le courage de jeter ce monstre hors de sa vie, elle n’a pas eu la force de livrer son secret à quiconque.

“J’étais son secret, son oiseau de malheur”

J’ai la nausée, mais je comprends que ma mère n’a pas réussi à faire autrement. Dans ce restaurant, je la vois telle que je ne l’ai jamais vue auparavant. Alors qu’elle est habituellement plutôt imposante dans sa manière d’être, parfois même cassante, je la découvre petite chose fragile. En un éclair, je m’explique son ambivalence à mon égard depuis toujours et notre relation conflictuelle : même si elle m’aime profondément, j’incarne aussi sa souffrance.

Je suis son secret, son oiseau de malheur. Durant toutes ces années, je l’ai empêchée d’oublier l’innommable. Pourtant, j’ai eu le bon goût – comme beaucoup d’enfants adultérins, paraît-il – de lui ressembler comme une goutte d’eau et de n’avoir emprunté aucun trait à l’autre ! Mais cela n’a pas suffi à alléger sa douleur et sa culpabilité. Cela a tout juste permis de brouiller les pistes, notamment aux yeux de mon père.