
Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé lundi le rétablissement des frais d’incarcération, supprimés depuis 2003. L’objectif affiché est de faire contribuer les détenus aux dépenses liées à leur détention et de participer au financement des investissements importants prévus dans les établissements pénitentiaires français.
Invité du journal de 20h sur TF1, Gérald Darmanin a précisé que cette contribution servirait directement à soutenir les lourdes charges du système carcéral. Il a justifié cette mesure en la comparant aux frais d’hospitalisation que doivent assumer les patients. Si aucun montant n’a été détaillé, il a indiqué que les sommes récoltées bénéficieraient notamment à l’amélioration des conditions de travail des surveillants.
Un coût journalier élevé
D’après un rapport de la Cour des comptes publié en 2023, chaque détenu coûte en moyenne 105 euros par jour à l’administration pénitentiaire. En raison de la surpopulation carcérale, ce montant est déjà atténué, mais le fonctionnement global des prisons représente tout de même près de 10 millions d’euros quotidiens. Le budget annuel s’élève ainsi à environ 4 milliards d’euros.
Le ministre a toutefois insisté : il ne s’agit pas de faire porter l’intégralité de ces frais sur les prisonniers, mais de leur demander une participation proportionnée. Il a également rappelé la nécessité de développer le travail en détention, les revenus perçus devant aussi servir à l’indemnisation des victimes.
Des soutiens parlementaires
Deux propositions de loi, déposées à l’Assemblée nationale par les députés Éric Pauget et Christophe Naegelen, appuient cette réforme. Inspirée de pratiques déjà appliquées au Danemark ou aux Pays-Bas, cette mesure vise à responsabiliser davantage les détenus et à accélérer la modernisation d’un parc pénitentiaire vieillissant. Selon les estimations, la contribution des détenus pourrait rapporter environ 80 millions d’euros par an, l’équivalent du coût de construction d’une prison de 250 places.
Les textes prévoient que les sommes soient prélevées non seulement sur les revenus du travail en détention, mais aussi sur d’autres ressources éventuelles, voire sur la vente de biens saisis.
Une meilleure protection pour les surveillants
En parallèle, Gérald Darmanin a annoncé l’extension de l’anonymisation des agents pénitentiaires. Initialement réservée aux prisons de haute sécurité, cette mesure concernera désormais l’ensemble du personnel. Cette décision intervient après une vaste opération policière ayant conduit à l’interpellation de 25 individus soupçonnés d’être liés à des attaques contre plusieurs établissements, menées par un groupe se faisant appeler « Défense des prisonniers français » (DDPF).