
Face à la montée continue du Rassemblement national, François Hollande n’a pas cherché à arrondir les angles lorsqu’il a été interrogé sur Jordan Bardella. L’ancien président a livré une analyse sévère, estimant que l’actuel succès du RN repose davantage sur un contexte politique affaibli que sur un projet solide.
À mesure que l’échéance de 2027 se rapproche, la scène politique française s’agite. Avec le départ programmé d’Emmanuel Macron, la compétition pour l’Élysée s’intensifie dans un paysage fragmenté où aucune force ne parvient à s’imposer durablement à l’Assemblée. Les ambitions se multiplient, les stratégies se croisent, et chacun tente d’occuper l’espace médiatique. Dans ce brouhaha, Jordan Bardella et le RN profitent d’une dynamique favorable, attirant des électeurs en quête d’alternative.
Une progression électorale qui s’installe
Selon une vaste enquête publiée le dimanche 11 janvier par l’Institut Verian pour Le Monde et L’Hémicycle, le RN ne se contente plus d’un vote protestataire. 42 % des Français déclarent aujourd’hui partager ses idées, soit une hausse de 13 points par rapport à 2022. Plus frappant encore : 44 % estiment désormais que le parti ne représente pas un danger, un chiffre en recul de 7 points en trois ans.
Cette évolution nourrit le débat et suscite de nombreuses réactions dans le champ politique. Interrogé à ce sujet, François Hollande a livré une lecture sans complaisance de cette progression.
François Hollande, un diagnostic sans ménagement

Invité au micro de France Inter, l’ancien chef de l’État a d’abord évoqué les causes structurelles :
« La succession des alternances et le long mandat d’Emmanuel Macron ont créé un vide politique dans lequel le RN et ses leaders ont pu s’engouffrer. »
À cela s’ajoute, selon lui, un sentiment d’impuissance démocratique, exploité par les mouvements extrêmes :
« Comme s’il était facile de régler tous les problèmes, ils jouent sur l’idée que les démocraties seraient incapables d’agir. »
François Hollande pointe également une forme d’indifférence politique chez certains électeurs séduits par l’image de Jordan Bardella :
« Ils ignorent l’histoire et les thèses du Rassemblement national. Ils le trouvent plus jeune, plus sympathique, plus ouvert… alors que son incompétence est assez reconnue et que son ignorance de la réalité des Français est aussi grande que celle d’Emmanuel Macron en 2017. »
Selon lui, les positions du RN seraient souvent « camouflées », mais renverraient à des courants très identitaires et extrêmement radicaux.
« On n’a jamais essayé le Rassemblement national » : un argument contesté
François Hollande s’est enfin attaqué à l’un des arguments récurrents des soutiens du RN : l’idée que la France n’aurait jamais tenté l’expérience de l’extrême droite au pouvoir. Pour l’ancien président — et compagnon de Julie Gayet — cette affirmation ne tient pas.
« Ce n’est pas vrai. On a essayé ailleurs. Donald Trump, qu’est-ce que c’est, sinon les thèses du Rassemblement national à l’américaine ? »
Il cite également Viktor Orbán en Hongrie, évoquant la remise en cause des libertés et les alliances autoritaires :
« On a essayé. Et on voit ce que cela donne. »
Un réquisitoire sévère qui illustre la profondeur des fractures politiques actuelles, alors que la course vers 2027 ne fait que commencer.