Emmanuel Macron s’apprête à franchir un pas historique : le président français annoncera officiellement, ce lundi 22 septembre à New York, la reconnaissance de l’État palestinien. Ce geste inédit fait de la France le premier pays du G7 à accorder une telle reconnaissance, marquant un tournant diplomatique majeur. L’annonce interviendra lors d’une conférence internationale sur la solution à deux États, coprésidée par la France et l’Arabie saoudite, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.
Selon l’Élysée, cette reconnaissance n’est pas seulement symbolique mais « opérationnelle », car elle s’accompagne d’un plan de paix soutenu par 142 pays dans la déclaration de New York adoptée cet été. Le Royaume-Uni, dirigé par Keir Starmer, a officialisé sa reconnaissance dimanche 21 septembre, suivi de près par le Canada et l’Australie. Ensemble, ces pays veulent relancer la perspective d’une paix durable au Proche-Orient.
« Il s’agit de sauver la solution à deux États avant qu’il ne soit trop tard », confie une source diplomatique française. Cette initiative, amorcée à l’automne 2023 après les tragiques événements du 7 octobre, s’inscrit dans la continuité des efforts de Macron, qui avait été l’un des premiers dirigeants à réclamer un cessez-le-feu à Gaza, tout en affirmant que « le Hamas n’aurait aucun rôle à jouer » dans la gouvernance future.
Depuis, Paris a obtenu de Mahmoud Abbas et de l’Autorité palestinienne plusieurs engagements concrets : suppression du système de compensation controversé des prisonniers, révision des manuels scolaires et préparation d’élections démocratiques. Le Quai d’Orsay met désormais en avant trois priorités : la libération des 48 otages détenus par le Hamas, un cessez-le-feu durable à Gaza et un afflux d’aide humanitaire. Le futur État palestinien devra être administré par une Autorité réformée et modernisée, avec l’accord des pays arabes d’exclure le Hamas de toute gouvernance et de démilitariser la bande de Gaza. Pour l’heure, l’ouverture d’une ambassade française en Palestine n’est pas prévue, Emmanuel Macron exigeant d’abord la libération des otages.
Une décision qui tend les relations franco-israéliennes
Cette reconnaissance risque cependant d’aggraver les tensions entre Paris et Tel-Aviv. Israël a immédiatement dénoncé la décision française, la jugeant inacceptable. La diplomatie française, de son côté, a qualifié le récent vote de la Knesset en faveur de l’annexion de la Cisjordanie de « coup supplémentaire porté aux aspirations légitimes du peuple palestinien ».
Dans une interview à la chaîne israélienne N12, le 18 septembre, Emmanuel Macron a qualifié l’offensive israélienne à Gaza d’« énorme erreur » et d’« échec contre-productif ». L’Élysée justifie ce changement de ton par le refus répété du gouvernement Netanyahou de s’engager dans une voie diplomatique. En réponse, Benyamin Netanyahou a réaffirmé qu’il « n’y aura pas d’État palestinien », accusant les pays reconnaissant la Palestine de « récompenser le terrorisme ».
Des fractures politiques en France
Sur le plan intérieur, la décision de Macron divise profondément la classe politique française. Marine Le Pen (RN) a dénoncé « la reconnaissance d’un État Hamas », tandis que Laurent Wauquiez (LR) redoute de voir la France « félicitée par le Hamas ». À gauche, Jean-Luc Mélenchon (LFI) y voit « une victoire morale », et Olivier Faure (PS) salue « une avancée historique ». Selon Frédéric Dabi (Ifop), cette annonce « réactive le clivage gauche-droite sur la question du Proche-Orient ».
