
Après la suspension de la réforme des retraites de 2023, Sébastien Lecornu relance le débat sur la gestion du système par les syndicats et le patronat. La décision finale est attendue pour 2027.
Un dossier sans fin. Plus de deux ans après la mise en œuvre de la réforme prévoyant le départ à 64 ans, le ministre Sébastien Lecornu a décidé de rouvrir le dossier des retraites. Il a accédé à une revendication des socialistes : la suspension de la réforme de 2023. Concrètement, le report de l’âge légal est interrompu à 62 ans et 9 mois, et la durée de cotisation reste fixée à 170 trimestres, soit 42,5 années. Une pause qui se veut provisoire, la reprise de la réforme étant prévue pour janvier 2028.
« Suspendre pour suspendre n’a aucun sens », a déclaré le Premier ministre le 14 octobre à l’Assemblée nationale, rappelant que le coût de cette décision (estimé à 400 millions d’euros en 2026 et 3 milliards en 2027) devra être « compensé par des économies ». Il a également invité les députés à « délibérer à nouveau sur l’avenir du système de retraites ».
Dans les prochains jours, l’exécutif prévoit d’organiser une « Conférence sur les retraites et le travail », destinée à explorer différentes pistes de réforme : instauration d’un régime à points, développement d’une retraite par capitalisation, suppression de la notion d’âge légal, ou encore refonte de la gouvernance du système actuel.
Un thème central de la présidentielle de 2027
Dans son discours de politique générale, Sébastien Lecornu a appelé les partenaires sociaux à s’impliquer directement dans la gestion du système. « Aux partenaires sociaux de décider s’ils veulent assumer cette responsabilité, a-t-il lancé. Ce serait un retour aux fondements de notre modèle social. Le gouvernement y est favorable. » La gestion exemplaire des régimes complémentaires du privé (Agirc-Arrco), administrés par la CFDT et le Medef, est souvent citée en référence.
Toutefois, une refonte complète d’un pilier aussi essentiel du modèle social français — représentant 407 milliards d’euros de pensions versées en 2024 — semble difficile à mener sans majorité parlementaire. La question risque donc d’être renvoyée au cœur de la campagne présidentielle de 2027.
À l’approche de 2027, les principaux candidats peaufinent déjà leurs positions. Jean-Luc Mélenchon propose un retour à la retraite à 60 ans, tandis qu’Édouard Philippe défend un âge de départ compris entre 65 et 67 ans, accompagné d’une part de capitalisation obligatoire. De leur côté, Marine Le Pen et Jordan Bardella plaident pour un âge modulé entre 60 et 62 ans selon la carrière et l’âge d’entrée dans la vie active. Le débat est loin d’être clos.