
Une entorse du pouce correspond à un étirement excessif ou à une déchirure des ligaments qui assurent la stabilité de cette articulation. Elle survient le plus souvent à la suite d’un mouvement brutal de torsion, notamment lors d’une chute ou d’un choc violent. Ce type de traumatisme est fréquent dans le cadre sportif et nécessite une prise en charge adaptée afin d’éviter des séquelles durables.
Souvent appelée « pouce du skieur », l’entorse du pouce peut se présenter sous différentes formes, plus ou moins graves. Il existe en effet trois niveaux de gravité, chacun associé à des symptômes et des traitements spécifiques.
Qu’est-ce qu’une entorse du pouce ?
L’entorse du pouce correspond à une lésion ligamentaire. Les ligaments sont des structures fibreuses très résistantes qui relient les os entre eux et permettent de maintenir les articulations stables tout en autorisant le mouvement. Lorsqu’un ligament est étiré au-delà de ses capacités ou se rompt, l’articulation devient instable et douloureuse.
Dans la majorité des cas, l’entorse touche le ligament collatéral interne, situé à la base du pouce, au niveau de l’articulation métacarpo-phalangienne. Cette lésion survient généralement après une chute sur la main, lorsque le pouce est violemment écarté du reste des doigts.
Pourquoi parle-t-on de « pouce du skieur » ?
L’expression « pouce du skieur » vient du fait que cette blessure survient très fréquemment lors de la pratique du ski. En cas de chute, le skieur garde souvent le bâton en main, ce qui expose le pouce à un mouvement forcé vers l’extérieur. Résultat : le ligament est mis sous tension extrême et peut se déchirer.
Le ski fait partie des sports les plus accidentogènes. On estime à 2,5 accidents pour 1 000 journées de ski de loisir, et plus de 70 % des lésions ligamentaires du pouce sont liées à cette activité. Toutefois, d’autres sports peuvent également être en cause.
Prise en charge et évaluation de la gravité
Après une entorse du pouce, l’articulation devient généralement gonflée, douloureuse et difficile à mobiliser. La douleur peut apparaître immédiatement ou s’intensifier dans les heures qui suivent le traumatisme.
Il est essentiel d’évaluer la gravité de l’entorse afin d’adapter la prise en charge. Une radiographie est souvent prescrite pour vérifier l’absence de fracture associée, notamment en cas de douleur intense ou de perte de mobilité importante.
Dans les formes les plus sévères, le ligament peut être totalement rompu. Lorsque le ligament collatéral médial est arraché et ne peut cicatriser spontanément, on parle de lésion de Stener, qui nécessite une intervention chirurgicale.
Symptômes d’une entorse du pouce
Les symptômes varient selon la gravité de la lésion, mais les signes les plus fréquents sont :
- douleur au niveau du pouce, parfois très vive ;
- gonflement localisé ;
- apparition d’un hématome ;
- difficulté à saisir ou pincer des objets entre le pouce et l’index ;
- sensation de faiblesse ou d’instabilité du pouce.
En cas de déchirure ligamentaire, un petit fragment osseux peut être arraché, provoquant une fracture dite « par arrachement ».
Selon le degré de gravité :
- Entorse bénigne : douleur modérée, gonflement léger, mobilité conservée.
- Entorse moyenne : douleur importante, œdème marqué, hématome visible.
- Entorse grave : douleur brutale et intense, instabilité articulaire, perte quasi totale de mobilité.
Causes de l’entorse du pouce
Le pouce possède une anatomie particulière : il est composé de deux phalanges et relié au poignet par le premier métacarpe. Plusieurs articulations peuvent être touchées, mais l’articulation trapézo-métacarpienne est particulièrement exposée.
Lors d’un choc violent, le ligament interne est soumis à une forte tension. Les principales causes sont :
- les chutes lors de la pratique du ski ;
- les sports de ballon (basket, handball, volley, baseball) ;
- les chutes sur sol dur ;
- les gestes brusques ou répétitifs.
Dans certains cas, on parle aussi de « pouce du garde-chasse », une expression historique désignant les lésions dues à des mouvements répétitifs d’hyperextension du pouce.
Quand faut-il consulter un médecin ?
Il est indispensable de consulter rapidement si :
- la douleur est intense ou persistante ;
- vous ressentez un claquement ou une déchirure lors du traumatisme ;
- un gonflement important apparaît ;
- le pouce ne fonctionne plus normalement ;
- vous ne parvenez plus à saisir un objet entre le pouce et l’index.
Sans traitement approprié, l’entorse peut entraîner des complications, notamment une instabilité chronique ou une arthrose précoce, due à l’usure progressive du cartilage.
Diagnostic de l’entorse du pouce
Le diagnostic repose d’abord sur un examen clinique. Le médecin mobilise le pouce dans différentes directions et réalise des tests de résistance pour évaluer la stabilité ligamentaire. Il peut comparer le pouce blessé avec le côté sain.
En cas de suspicion de fracture ou de lésion sévère, une radiographie est prescrite. Parfois, celle-ci est réalisée en position forcée afin d’évaluer précisément la laxité de l’articulation.
On distingue trois types d’entorses :
- entorse simple : ligament étiré, sans laxité ;
- entorse moyenne : déchirure partielle du ligament ;
- entorse grave : rupture complète du ligament.
Comment soigner une entorse du pouce ?
Dès le traumatisme, certains gestes sont recommandés :
- arrêter immédiatement l’activité en cours ;
- appliquer de la glace pendant environ 20 minutes ;
- utiliser une pommade anti-inflammatoire ;
- bander légèrement le pouce sans trop serrer ;
- prendre du paracétamol pour soulager la douleur.
Immobilisation : combien de temps porter une attelle ?
Dans la majorité des cas, l’entorse du pouce guérit sans séquelles. Une attelle est souvent prescrite pour immobiliser l’articulation pendant plusieurs semaines, le temps que le ligament cicatrise.
Après cette phase, des exercices de rééducation et de renforcement sont recommandés. L’attelle peut être remise ponctuellement pendant deux à trois semaines supplémentaires, notamment lors des activités à risque.
Quand une opération est-elle nécessaire ?
La chirurgie est envisagée si :
- une fracture est associée à l’entorse ;
- le ligament ne cicatrise pas malgré une immobilisation correcte.
L’intervention est réalisée sous anesthésie régionale, en ambulatoire. Le chirurgien suture ou réinsère le ligament. Un plâtre est ensuite posé pendant six à huit semaines afin d’immobiliser complètement le pouce.
Des complications restent possibles, bien que rares : infection, perte de force, baisse de sensibilité ou rupture secondaire.
Durée de l’arrêt de travail et reprise du sport
La durée de l’arrêt de travail dépend du métier exercé et de la gravité de l’entorse. La reprise du sport doit toujours se faire sur avis médical.
Pour limiter les récidives, il est essentiel de :
- renforcer les muscles et les ligaments ;
- s’échauffer correctement avant l’effort ;
- respecter les temps de récupération.
Prévenir l’entorse du pouce
Chez les skieurs, quelques gestes simples réduisent le risque :
- lâcher le bâton en cas de chute ;
- tenir le bâton sans entourer la poignée avec le pouce.
De manière générale, la prévention passe par :
- un échauffement adapté ;
- une bonne hygiène de vie (sommeil, alimentation, hydratation) ;
- le port de protections ou de bandes de maintien ;
- l’écoute de son corps et le respect des temps de repos.
Chez les sportifs de haut niveau, la reprise peut être rapide avec une attelle spécifique. En revanche, après une intervention chirurgicale, une période de repos plus longue est nécessaire avant le retour à la compétition.
Sources :
Revue Médicale Suisse, Assurance maladie, Le Manuel MSD