
En France, les fractures du bassin représentent un problème de santé important chez les personnes âgées. Chaque année, près de 10 000 cas sont recensés chez les personnes de plus de 60 ans, et la majorité des patients touchés sont des femmes. Souvent liées à l’ostéoporose, ces fractures peuvent entraîner une perte d’autonomie, une diminution de la mobilité et parfois même un impact sur l’espérance de vie, à l’image des fractures du col du fémur. Face à ce constat, la prévention des chutes apparaît comme l’un des moyens les plus efficaces pour limiter ces accidents.
Selon les estimations, près de 15 000 fractures du bassin surviennent chaque année en France, dont environ 10 000 concernent des personnes âgées. « Dans deux cas sur trois, il s’agit de femmes. Ces fractures concernent surtout des personnes âgées fragiles », explique le Dr Pomme Jouffroy, chirurgien orthopédiste et traumatologue à l’Hôpital Saint-Joseph à Paris. Cette vulnérabilité s’explique notamment par la fragilité osseuse liée à l’âge et à l’ostéoporose.
Qu’est-ce qu’une fracture du bassin ?
Le bassin est une structure osseuse solide qui ressemble à un anneau très rigide, comparable à un bracelet. Cet ensemble forme ce que l’on appelle l’anneau pelvien. Il se compose de trois éléments principaux :
- le sacrum, situé à l’arrière et relié à la colonne vertébrale ;
- les deux os iliaques (ou os coxaux) situés sur les côtés ;
- la symphyse pubienne, qui relie les deux os à l’avant.
« Lorsque le bassin se fracture, cela se produit généralement en deux points différents de cet anneau », explique le Dr Jouffroy. Chez les personnes âgées, on observe souvent une lésion à l’avant et une autre à l’arrière du bassin.
Lorsque la fracture se situe à l’avant de l’anneau pelvien, elle peut concerner la symphyse pubienne ou plus fréquemment le cadre obturateur, une zone située dans la partie antéro-inférieure de l’os coxal. À l’arrière, les fractures touchent le plus souvent le sacrum, et plus rarement les articulations sacro-iliaques.
Certaines fractures peuvent également atteindre l’acétabulum, la cavité articulaire dans laquelle vient s’emboîter la tête du fémur pour former l’articulation de la hanche. Dans ce cas, la fracture concerne directement l’articulation et nécessite une prise en charge spécifique.
Quelles sont les causes d’une fracture du bassin chez la personne âgée ?
Les fractures du bassin peuvent avoir plusieurs origines. Elles peuvent survenir après un traumatisme à haute énergie, comme un accident de voiture ou de vélo, même chez une personne âgée en bonne condition physique. « Dans ces situations, le bassin peut être fortement déplacé », précise le Dr Jouffroy.
Mais dans la majorité des cas chez les seniors, la fracture survient après un traumatisme à faible énergie, comme une chute de sa propre hauteur. Ces fractures sont souvent peu déplacées, mais elles surviennent sur des os fragilisés par l’ostéoporose, notamment au niveau du sacrum ou des branches pubiennes.
Cette fragilité osseuse explique pourquoi les femmes sont plus touchées que les hommes, car l’ostéoporose est plus fréquente après la ménopause.
Quels sont les symptômes d’une fracture du bassin ?
Les signes d’une fracture du bassin peuvent varier selon la localisation et la gravité de la lésion, mais certains symptômes sont fréquents :
- une douleur intense dans l’aine, les fesses ou le bas du dos,
- une douleur qui augmente lorsqu’on se lève ou qu’on marche,
- une difficulté à se tenir debout ou à faire quelques pas,
- une sensibilité lorsqu’on appuie sur le pubis ou le sacrum.
Dans certaines situations, des gonflements ou des ecchymoses peuvent apparaître. Lorsque la fracture touche l’articulation, il peut également y avoir un saignement dans l’articulation, ce qui accentue la douleur lors de l’appui.
« Le bassin peut devenir légèrement mobile », ajoute le Dr Jouffroy, ce qui constitue un signe d’instabilité.
Comment diagnostiquer une fracture du bassin ?
Le diagnostic repose sur des examens d’imagerie médicale.
La radiographie du bassin est souvent le premier examen réalisé. Elle permet de détecter certaines fractures visibles. Toutefois, certaines lésions, notamment celles du sacrum ou les fractures peu déplacées, peuvent passer inaperçues.
Le scanner (tomodensitométrie) est donc l’examen de référence. Il permet d’obtenir une analyse précise de la fracture et d’évaluer sa gravité.
Les médecins utilisent également la classification de Rommens, qui permet de déterminer le type de fracture, sa stabilité et le traitement le plus adapté.
Fracture du bassin : faut-il toujours opérer ?
Contrairement à certaines idées reçues, une fracture du bassin ne nécessite pas toujours une opération.
« Lorsqu’il existe un déplacement important ou une douleur très intense, une intervention chirurgicale peut être envisagée pour stabiliser la fracture », explique la chirurgienne orthopédiste.
Aujourd’hui, des techniques modernes de chirurgie percutanée permettent d’installer des vis ou des fixations sans ouvrir entièrement le bassin. Cette méthode est moins invasive et permet souvent une récupération plus rapide.
Dans ce cas, l’hospitalisation dure généralement entre 3 et 5 jours, avant un retour à domicile ou un séjour en centre de rééducation.
Cependant, dans environ 95 % des cas, un traitement fonctionnel suffit. Il consiste principalement à :
- soulager la douleur avec des antalgiques adaptés,
- encourager la mobilisation progressive,
- utiliser des aides à la marche comme un déambulateur ou des cannes.
L’objectif est d’éviter l’immobilisation prolongée, qui peut aggraver la situation.
Une fracture du bassin est-elle grave chez les personnes âgées ?
Chez les seniors, une fracture du bassin n’est jamais anodine. Même lorsqu’elle est stable, elle peut provoquer :
- une douleur importante,
- une réduction de la mobilité,
- une perte d’autonomie temporaire ou permanente.
Certaines personnes âgées ne retrouvent jamais complètement leur niveau d’autonomie antérieur.
Les études montrent également que la mortalité dans l’année suivant une fracture du bassin varie entre 15 % et 30 %, un taux comparable à celui observé après une fracture du col du fémur.
Cette augmentation du risque est souvent liée à des complications indirectes telles que :
- l’immobilisation prolongée,
- la perte de masse musculaire,
- les infections pulmonaires ou urinaires.
Comment prévenir les fractures du bassin ?
La prévention des chutes reste la meilleure stratégie pour réduire le risque de fracture chez les personnes âgées.
Plusieurs mesures simples peuvent être mises en place :
- retirer les tapis glissants à l’intérieur de la maison,
- sécuriser les escaliers et les sols,
- être attentif aux trottoirs irréguliers,
- utiliser des chaussures adaptées,
- pratiquer une activité physique régulière pour renforcer les muscles et l’équilibre.
« L’activité physique stimule le tissu osseux et ralentit l’ostéoporose. Plus on reste actif, plus on protège son capital osseux », rappelle le Dr Jouffroy.
Peut-on marcher avec une fracture du bassin ?
Dans certains cas, oui. « Il faut bouger, même si marcher reste difficile », explique le spécialiste. Lorsque la fracture est stable et peu déplacée, il est parfois possible de se déplacer avec un déambulateur ou des cannes.
Les médecins encouragent généralement une mobilisation précoce, notamment en s’asseyant rapidement au fauteuil, afin de préserver les muscles et limiter les complications liées à l’immobilité.
Combien de temps dure la guérison ?
La consolidation d’une fracture du bassin prend en moyenne environ deux mois et demi.
Lorsque la fracture n’est pas déplacée, la rééducation peut débuter après environ six semaines. Elle joue un rôle essentiel dans la récupération.
Le programme de rééducation comprend généralement :
- des exercices pour renforcer les muscles des jambes et du bassin,
- des exercices d’équilibre,
- un apprentissage progressif de la marche.
L’objectif est simple : permettre à la personne de retrouver son autonomie et sa qualité de vie d’avant la fracture.