Boulimie : “Je n’étais pas une personne sans volonté”, après des années de régimes, Sophie raconte son combat et sa guérison

La boulimie reste encore aujourd’hui un sujet difficile à aborder. Pendant des années, Sophie a vécu dans le silence, persuadée que son rapport à la nourriture n’était qu’un manque de volonté. Ce n’est qu’après un long parcours qu’elle a compris qu’elle souffrait en réalité d’un trouble alimentaire.

« Depuis mon enfance, j’ai toujours eu une relation compliquée avec mon poids. J’avais à peine 10 ans lorsque notre médecin de famille a commencé à alerter ma mère sur ce que je mangeais. À partir de là, les régimes se sont enchaînés. Je crois sincèrement avoir tout tenté. »

Née dans les années 80, Sophie a grandi à une époque où la minceur était omniprésente. Dans les années 90, les mannequins ultra-minces étaient partout et la pression pour perdre du poids semblait normale. Régime Dukan, soupe aux choux, sachets protéinés, monodiètes ou jeûne intermittent : chaque nouvelle tendance promettait une transformation rapide.

« Perdre du poids, je savais le faire. Le vrai problème, c’était que je reprenais tout presque immédiatement. À cette époque, on parlait très peu des troubles alimentaires. On associait surtout cela à l’anorexie sévère. »

À 30 ans, Sophie découvre que son IMC la place dans la catégorie de l’obésité modérée, voire sévère. Une prise de conscience brutale, mais qui ne changera pas immédiatement sa façon de voir les choses.

« Pendant des années, le mot “régime” a rythmé ma vie. Puis, soudainement, on a commencé à parler de “rééquilibrage alimentaire”. C’était présenté comme plus sain, mais les résultats étaient moins rapides. Moi, j’étais habituée aux pertes de poids spectaculaires. »

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Entre 20 et 40 ans, elle vit un véritable ascenseur émotionnel et physique : moins 15 kilos, puis plus 20. Encore et encore.

« Avec le recul, je réalise à quel point ce cycle était destructeur. Après mes grossesses, je n’arrivais plus du tout à reprendre le contrôle. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de consulter une psychologue. »

Face à elle, Sophie raconte un schéma devenu répétitif : perdre du poids rapidement, puis replonger dans des périodes de culpabilité, de tristesse et de perte totale de confiance en elle.

« Je mangeais mes émotions. À chaque reprise de poids, je retrouvais aussi tout le mal-être qui allait avec. Et je finissais toujours plus mal qu’avant. »

Lors de cette consultation, elle explique qu’elle n’a pas besoin qu’on lui apprenne à maigrir.

« Je savais déjà quoi faire. Mais à un moment, quelque chose explosait à l’intérieur de moi. Comme une cocotte-minute. Je recommençais à manger sans pouvoir m’arrêter, envahie de pensées négatives. »

Sans encore le savoir, Sophie venait de mettre des mots sur un trouble qui allait bouleverser sa compréhension d’elle-même : la boulimie hyperphagique.

« Pendant longtemps, je pensais que la boulimie concernait uniquement les personnes qui se faisaient vomir. Je ne connaissais même pas l’existence de l’hyperphagie boulimique. »

Cette découverte change tout. Pour la première fois, elle comprend qu’elle n’est pas simplement “sans volonté”.