
Samedi 14 mars 2026, Catherine Ceylac a pris la parole sur un souvenir marquant de sa carrière de journaliste. Invitée dans l’émission C à vous, l’ancienne animatrice de France 2 est revenue sur sa rencontre avec l’Abbé Pierre, survenue il y a plus de vingt ans dans le cadre d’une interview. Avec le recul, certains détails de cette rencontre lui reviennent aujourd’hui en mémoire et prennent un tout autre sens.
Pendant plus de deux décennies, de 1996 à 2018, Catherine Ceylac a animé l’émission Thé ou Café sur France 2. Ce rendez-vous du week-end était devenu un espace privilégié où de nombreuses personnalités venaient se confier dans une atmosphère intime et apaisée. Artistes, écrivains, responsables politiques ou figures spirituelles se sont succédé face à la journaliste, qui s’est toujours efforcée de faire ressortir la part humaine de ses invités. Parmi eux, l’Abbé Pierre avait accepté de se livrer à son tour lors d’un entretien enregistré en décembre 2002.
Pour cette rencontre, Catherine Ceylac s’était rendue directement au siège d’Emmaüs. L’entretien avait été marqué par des confidences personnelles de la part de l’ancien prêtre, figure emblématique de la lutte contre la pauvreté en France. Au fil de la conversation, l’Abbé Pierre avait évoqué son engagement religieux, son parcours et les sacrifices liés à sa vocation. L’une de ses phrases avait particulièrement marqué la journaliste : « Ce qui m’a le plus coûté, ce n’est pas la chasteté, mais la privation de tendresse. » Une déclaration qui, à l’époque, avait été perçue comme une confidence sincère sur la solitude que peut engendrer la vie religieuse.
Mais plus de vingt ans après cet entretien, le contexte a profondément changé. Depuis juillet 2024, plusieurs témoignages ont émergé accusant l’Abbé Pierre de violences sexuelles. Ces accusations, formulées bien des années après la disparition du prêtre — décédé le 22 janvier 2007 — ont provoqué une onde de choc dans l’opinion publique. La figure longtemps respectée du fondateur d’Emmaüs se retrouve aujourd’hui au cœur d’un débat douloureux, poussant de nombreuses personnes à reconsidérer leurs souvenirs ou leurs rencontres avec lui.
Une confidence qui prend aujourd’hui un autre sens
Invitée sur le plateau de C à vous, Catherine Ceylac a expliqué que certaines paroles de l’Abbé Pierre résonnent différemment avec le recul. Selon elle, la fameuse phrase sur la chasteté et la tendresse lui donne désormais « un peu froid dans le dos ». À l’époque, rien ne lui avait pourtant semblé suspect. La journaliste insiste sur le fait qu’elle n’avait absolument pas ressenti ce qui est aujourd’hui évoqué dans les témoignages : « Parce que cet homme, moi, je ne l’ai pas du tout ressenti comme ensuite il est apparu », a-t-elle confié.
Comme beaucoup d’autres, Catherine Ceylac rappelle que l’image publique de l’Abbé Pierre était celle d’un homme profondément respecté. Son engagement humanitaire, sa lutte constante contre la pauvreté et son rôle historique dans la création du mouvement Emmaüs avaient contribué à lui forger une réputation presque intouchable. Dans ce contexte, il était difficile d’imaginer que des accusations aussi graves puissent un jour émerger.
Un souvenir troublant avec le recul
Au cours de l’émission, Catherine Ceylac a également évoqué un détail de leur échange qui l’a marquée. Elle se souvient que, durant l’entretien, l’Abbé Pierre avait parfois une attitude qu’elle qualifie aujourd’hui d’« ambiguë ». Selon ses souvenirs, lorsqu’un reportage était diffusé pendant l’émission, il lui arrivait de poser la main sur son genou.
« Dès qu’on passait un sujet ou un reportage, il me mettait la main sur le genou », a-t-elle raconté. Sur le moment, elle n’avait pas interprété ce geste de manière particulière. Mais avec le recul et à la lumière des accusations apparues ces dernières années, ce souvenir lui semble aujourd’hui plus troublant. Elle précise toutefois qu’il lui est difficile de savoir quelle était réellement l’intention derrière ce comportement.
La journaliste reconnaît que cette attitude lui avait malgré tout « mis un peu la puce à l’oreille ». Sans pouvoir affirmer quoi que ce soit, elle explique que ce type de geste peut désormais être interprété différemment. « C’était peut-être simplement un moment où il cherchait un peu d’attention ou de proximité », avance-t-elle, tout en soulignant qu’il est délicat de tirer des conclusions tant d’années après.
Une figure autrefois unanimement respectée
Catherine Ceylac insiste enfin sur le fait qu’à l’époque, l’Abbé Pierre bénéficiait d’une aura exceptionnelle en France. Il était considéré comme l’une des personnalités les plus respectées du pays, admiré pour son humilité et son engagement auprès des plus démunis. Pour de nombreux Français, il incarnait une forme de conscience morale et de solidarité.
« On le respectait énormément », se souvient l’ancienne animatrice. « C’était un homme avec un passé extraordinaire, quelqu’un qui avait consacré sa vie aux autres. » Dans ce contexte, il était presque impossible d’imaginer qu’un jour, sa mémoire puisse être associée à des accusations aussi graves.
Aujourd’hui encore, Catherine Ceylac affirme qu’elle reste partagée entre le souvenir de l’homme qu’elle a rencontré et les révélations qui ont émergé bien après sa disparition. Comme beaucoup, elle reconnaît que ces témoignages obligent à porter un regard différent sur certaines situations passées, tout en laissant planer une part d’incertitude sur ce qui s’est réellement produit.