
Sur les réseaux sociaux, plusieurs influenceuses affirment qu’un ventre gonflé serait directement lié à la taille de l’utérus. Face à cette idée devenue virale, une gynécologue et une gastro-entérologue ont décidé de rétablir les faits grâce à des vidéos pédagogiques diffusées en ligne.
« Non, tu n’as pas pris du ventre, tu as juste un utérus ». Cette phrase, répétée en boucle sur TikTok et Instagram, est devenue un véritable mantra pour certaines créatrices de contenu spécialisées dans le fitness et le bien-être. À l’origine de cette tendance, Lilylifts, influenceuse anglaise et fondatrice d’un club de running londonien, qui a partagé mi-octobre une vidéo où son coach lui explique que son ventre n’est pas gonflé par le gras, mais par son utérus.
Une théorie présentée comme bienveillante, mais totalement erronée sur le plan anatomique. C’est ce que rappelle cette semaine la gynécologue obstétricienne Judith Abric, connue sur les réseaux sous le nom de @Jujulagygy, qui a pris la parole pour corriger cette fausse information largement relayée.
Plusieurs couches sous la peau
Dans sa vidéo Instagram, la spécialiste explique clairement : « Un utérus a globalement la forme et le volume d’une poire retournée, située très profondément dans le bassin. Concrètement, tu ne peux pas le voir à travers ton ventre ». Seules exceptions : une grossesse ou certaines pathologies gynécologiques, comme les fibromes, susceptibles d’en augmenter le volume.
Alors, d’où viennent ces variations de volume abdominal ? La réponse se trouve dans les différentes couches qui forment la paroi du ventre. D’abord, la peau, souvent distendue après des variations de poids. « Elle peut être plus ou moins flasque », précise la Dr Abric. Ensuite vient le tissu sous-cutané, composé de graisse. « On en a tous, et cela n’a rien à voir avec l’utérus », insiste-t-elle. Cette couche est palpable entre les doigts, signe normal de la physiologie du corps, et non d’un organe hypertrophié.
En dessous se trouvent les muscles abdominaux, notamment les grands droits, qui permettent de rentrer le ventre lorsqu’ils se contractent. Encore plus profondément, on retrouve l’ensemble des organes digestifs, eux-mêmes entourés de graisse viscérale. Contrairement à une idée reçue, ces organes varient énormément au cours de la journée. « Votre tube digestif peut être gonflé pour différentes raisons », explique la spécialiste. Alimentation, digestion, âge, rythme du transit… Autant de facteurs qui modifient l’apparence du ventre d’un moment à l’autre.
Le rôle des hormones
Dans une autre vidéo publiée le 15 novembre sur le compte @balance.ton.bonimenteur, dédié à la lutte contre les fausses informations en santé, la gastro-entérologue Pauline Guillouche rappelle l’importance du cycle menstruel dans les variations du ventre. Lors de la phase lutéale, la progestérone ralentit le transit intestinal et favorise une légère rétention d’eau.
Ces phénomènes naturels expliquent un ventre plus gonflé, une sensation de lourdeur ou d’inconfort, mais certainement pas une transformation soudaine de l’utérus. « Le ventre change, c’est normal », insiste la spécialiste, invitant les internautes à ne pas interpréter ces variations comme un signe anormal ou inquiétant.
Au-delà de l’erreur anatomique, ce que dénoncent les professionnelles de santé, c’est le message culpabilisant envoyé aux femmes. En attribuant un ventre gonflé à un organe qu’on ne pourrait pas maîtriser, on entretient de fausses croyances et une pression inutile. Pour conclure sa vidéo, la gynécologue Judith Abric propose une tendance bien plus réaliste : « T’as du ventre, t’es vivante ! » Un rappel essentiel que les fluctuations du corps sont normales, humaines, et surtout, qu’elles témoignent d’un organisme en fonctionnement.