Abstinence sexuelle : pourquoi ce choix et quels bénéfices physiques et émotionnels ?

Si certaines personnes ne peuvent envisager leur quotidien sans relations intimes, d’autres font un choix radicalement différent : celui de l’abstinence sexuelle. Loin d’être toujours subie, cette décision peut être pleinement assumée, réfléchie et même revendiquée. Mais renoncer volontairement au sexe a-t-il des effets sur la santé physique ou l’équilibre émotionnel ? Une psychologue et sexologue apporte son éclairage.

L’abstinence sexuelle : un choix de plus en plus assumé

Les relations sexuelles ne constituent pas une nécessité universelle. Si l’absence de vie intime peut être vécue comme une souffrance pour certains, d’autres y voient au contraire une forme de liberté. Cette abstinence sexuelle volontaire peut répondre à différentes motivations : convictions personnelles, fatigue émotionnelle, expériences passées décevantes ou encore perte de désir.

Les dernières études sur la sexualité en France confirment une évolution notable des comportements. Selon une enquête menée par l’Ifop en février 2024, la proportion de Français ayant eu un rapport sexuel au cours de l’année écoulée atteint un niveau historiquement bas : 76 %, un chiffre inédit depuis cinquante ans. Cette baisse globale laisse émerger de nouvelles interrogations sur le rapport au désir et à l’intimité.

Certaines personnes ne ressentent plus ou très peu de désir sexuel et s’interrogent sur une éventuelle asexualité. « Beaucoup consultent après une vie sexuelle jugée peu satisfaisante. La médiatisation de cette notion pousse à la réflexion et à l’introspection », explique Olivia Benhamou, psychologue et sexologue. Elle observe notamment une diminution marquée du désir chez de nombreuses femmes qu’elle reçoit en consultation.

Des personnalités qui revendiquent l’abstinence

Cette réalité n’est plus cantonnée à la sphère privée. Plusieurs figures publiques ont pris la parole pour normaliser ce choix. L’actrice Drew Barrymore a confié sur son blog vivre dans l’abstinence depuis son divorce en 2016, expliquant avoir compris que « l’amour et le sexe ne sont pas forcément indissociables ».

En France, la réalisatrice et autrice Ovidie a fait un choix similaire pour des raisons militantes. Dans son livre La chair est triste, hélas, elle raconte avoir décidé de « faire la grève du sexe » et de se retirer de l’hétérosexualité afin de ne plus subir les concessions et désillusions liées à ses expériences passées.

Les chiffres confirment cette tendance : une étude Ifop publiée en 2023 révèle que les femmes célibataires accordent aujourd’hui nettement moins d’importance à la sexualité qu’il y a quinze ans. Elles étaient 83 % en 2006 à juger le sexe essentiel, contre seulement 58 % aujourd’hui.

Les hommes aussi témoignent. Le comédien et créateur de contenu LexisRoy a expliqué vivre sans relations sexuelles depuis cinq ans par choix personnel, évoquant une « perte de temps et d’énergie ». Dans les médias, d’autres hommes racontent des périodes d’abstinence vécues comme une manière de se recentrer sur eux-mêmes, loin de toute pression affective ou sexuelle.

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Quels effets sur la santé physique et psychique ?

Les bienfaits du sexe sur le corps et l’esprit sont largement documentés. Une activité sexuelle régulière contribue notamment à la santé cardiovasculaire, à la régulation de la pression artérielle, à la réduction du stress et à une meilleure qualité de sommeil. Elle joue aussi un rôle reconnu dans la régulation de l’humeur.

À l’inverse, certaines études suggèrent que l’absence prolongée de rapports sexuels pourrait être associée à des effets négatifs : risques accrus de dysfonctions érectiles chez les hommes, dégradation de l’état de santé général chez les femmes ou encore apparition plus précoce de la ménopause en cas de faible activité sexuelle.

Cependant, ces données doivent être nuancées. « Chez certaines personnes très anxieuses, notamment des hommes craignant l’échec ou la performance, l’angoisse est telle qu’elle efface complètement le besoin sexuel. Dans ces cas-là, l’abstinence peut être vécue sans frustration », souligne Olivia Benhamou.

Selon la spécialiste, le véritable impact dépend avant tout du vécu personnel. Lorsque l’abstinence est choisie, alignée avec les besoins profonds de la personne et vécue comme une protection après des expériences douloureuses, elle peut devenir une forme de soulagement, voire de reconstruction.

Une abstinence parfois libératrice… mais pas toujours choisie

Dans son ouvrage Les Corps abstinents, l’autrice Emmanuelle Richard décrit la diversité des parcours et souligne que l’abstinence peut révéler des ressources insoupçonnées, comme une autonomie émotionnelle et sexuelle renforcée. Pour certains, cette pause permet de redéfinir leur rapport à eux-mêmes et aux autres.

Il est toutefois essentiel de rappeler que toutes les personnes abstinentes ne le sont pas par choix. Peurs profondes, traumatismes, agressions sexuelles, maladies ou deuils peuvent conduire à une absence de vie intime vécue dans la souffrance. Dans ces situations, l’abstinence n’est pas une libération, mais le symptôme d’un mal-être qui mérite écoute et accompagnement.


Merci à Olivia Benhamou, psychologue et sexologue, pour son éclairage.

Sources : études Ifop (2023–2024), American Journal of Medicine, Archives of Sexual Behavior, Royal Society Open Science, témoignages médias (Konbini, France Inter).

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