Il existe également une forme chronique, parfois présente des semaines ou des mois avant l’accident aigu. Elle se traduit par des douleurs survenant après les repas, conduisant à une peur de manger et à une perte de poids progressive. Cette phase prémonitoire est trop souvent négligée, alors qu’une prise en charge précoce pourrait éviter l’évolution vers une nécrose intestinale.
Comment poser le diagnostic ?
La clé du pronostic réside dans la précocité du diagnostic. Plus celui-ci est établi rapidement, plus il est possible d’éviter une résection intestinale, nécessaire dans environ 40 % des cas. L’examen de référence est le scanner abdominal avec étude des vaisseaux digestifs (angioscanner).
Cependant, même lorsque cet examen est réalisé, l’infarctus digestif n’est pas toujours identifié. Il doit être explicitement recherché par les équipes médicales. Les patients à risque peuvent jouer un rôle essentiel en signalant leurs antécédents et en posant la question : « Est-ce qu’il pourrait s’agir d’un infarctus de l’intestin ? »
Améliorer la prise en charge : un enjeu vital
Lorsque l’ischémie digestive est diagnostiquée au stade de nécrose, la mortalité atteint encore 70 %. Les séquelles peuvent être lourdes si une grande portion de l’intestin doit être retirée. À l’hôpital Beaujon, la création de la structure SURVI (Structure d’Urgences Vasculaires Intestinales) a profondément changé la donne, permettant d’inverser les chiffres : 70 à 80 % de survie, avec un taux de résection limité à 40 %.
Ce dispositif repose sur une prise en charge multidisciplinaire et continue, associant chirurgiens vasculaires et digestifs, gastro-entérologues, radiologues interventionnels et anesthésistes-réanimateurs spécialisés. Un médecin est disponible 24 h/24, et les hôpitaux d’Île-de-France peuvent transmettre rapidement les images de scanner pour avis.
Selon les cas, une revascularisation rapide est réalisée par voie chirurgicale ou endovasculaire, parfois sans nécessiter d’ablation intestinale. Cette stratégie permet de limiter considérablement les séquelles. Un réseau national est actuellement en cours de déploiement afin que cette prise en charge spécialisée puisse être accessible dans tous les CHU de France.
Sources
– Société savante des maladies et cancers de l’appareil digestif (SNFGE)
– Ischémie mésentérique aiguë, MSD Manuals, 12 août 2022
