Beyrouth : rencontre avec des femmes enracinées qui se réinventent sans cesse

Ainsi est né Streetcolors, un projet libre et spontané. Tous les quinze jours, elle apporte papier, crayons et peinture. L’objectif n’est pas de former des artistes, mais d’offrir un espace d’expression. « C’est une forme de thérapie par l’art », explique-t-elle. Dans un environnement fragmenté, ces ateliers recréent du lien, changent les regards et redonnent une dignité à ceux que l’on ne voyait plus.

Le film d’une vie

Lana Daher, réalisatrice de Do You Love Me. Tanya Traboulsi

La cinéaste Lana Daher explore quant à elle la mémoire collective à travers son film Do You Love Me. Composé d’archives hétéroclites – extraits de films, images privées, fragments documentaires – son œuvre tisse un récit intime du Liban. Ce n’est pas une chronologie des guerres qu’elle cherche, mais une cartographie des émotions.

Commencé en 2018, son travail est devenu une quête intérieure. En revisitant les images de son enfance dans un Beyrouth encore en ruines, elle interroge la façon dont les souvenirs se construisent et se transmettent. Son film, salué dans de nombreux festivals internationaux, agit comme un miroir sensoriel d’un pays dont la mémoire demeure fragile mais vibrante.

Résistance créative

Stéphanie Cachard dans son atelier de joaillerie. Tanya Traboulsi

Chez la créatrice de bijoux Stéphanie Cachard, la résistance prend la forme d’un artisanat minutieux. À la tête de l’atelier fondé par son père, elle perpétue un savoir-faire local malgré les crises successives. Pendant les bombardements de fin 2024, elle continuait à dessiner, créer, monter des pierres précieuses. « Créer, c’était une question de survie », affirme-t-elle.

📚 À lire aussi :  Horoscope complet du mois de février 2026 : entre vérités qui s’imposent et limites enfin posées, le cœur et les ambitions se réalignent en douceur

Sur son bureau, une boîte à pilules porte l’inscription « Tout passe ». Un mantra indispensable dans un contexte où prévoir devient impossible. Son travail, désormais présenté à Paris tout en restant ancré à Beyrouth, symbolise cette fidélité à la ville, coûte que coûte.

Un miroir du Liban

Rima Abdul-Malak à la tête de L’Orient-Le Jour. Tanya Traboulsi

Enfin, à la rédaction de L’Orient-Le Jour, dirigé par Rima Abdul-Malak, se joue une autre bataille : celle du récit. Revenue s’installer à Beyrouth après avoir été ministre de la Culture en France, elle voit dans ce quotidien centenaire un miroir du pays. « Ici, malgré les coupures d’électricité et les contraintes permanentes, la solidarité est réelle », souligne-t-elle.

Le journal, récompensé en 2021 par le prix Albert-Londres, relie la diaspora à sa terre d’origine. Il témoigne des drames comme des renaissances, des fractures comme des espoirs. Beyrouth, à travers ces femmes, ne se définit pas par la résilience – mot qu’elles rejettent souvent – mais par une capacité infinie à se réinventer. Encore et toujours.


Pages ( 2 of 2 ): « Previous1 2

Related Posts

Pourquoi il ne faut jamais toucher ces pièces sur les tombes ?

6/10 La relation entre les pièces de monnaie et la mort L’association entre les pièces de monnaie et la mort ne date pas d’hier. Cette pratique remonte à l’Antiquité. Les…

Read more

Retraite militaire : conditions, cotisation et taux plein

La retraite à taux plein dépend aussi des limites d’âge propres à chaque catégorie de militaires. Ces limites peuvent varier selon que le militaire appartient à l’armée de terre, à…

Read more

Une retraitée hébergeait généreusement sa fille et son petit-fils avant de découvrir qu’ils cherchent à l’expulser

Quelques jours plus tard, une brochure présentant une maison de retraite est apparue sur ma table de nuit. Lucía a prétendu qu’elle avait été déposée là par erreur, mais je…

Read more

L’amour a-t-il une taille idéale ? Ce que la science révèle sur nos préférences amoureuses

Alors qu’on entend souvent dire que « les hommes préfèrent les femmes plus petites », une récente étude scientifique vient nuancer cette idée largement répandue. Derrière ce cliché populaire se…

Read more

Pain : l’origine étonnante de l’interdit du pain à l’envers

L’explication la plus célèbre de cette superstition remonte au Moyen Âge, une période où la justice était particulièrement violente et où la mort faisait partie du quotidien. À cette époque,…

Read more

Notre esprit nous trompe-t-il ? Le défi visuel qui révèle un biais étonnant

Et c’est là que l’image devient troublante : il n’y a absolument aucun siège visible. Pas de chaise, pas de banc, pas de support. Pourtant, leurs postures donnent clairement l’impression…

Read more