
Cependant, cette activité professionnelle intense avait forcément eu des conséquences sur sa vie familiale. Philippe Bouvard le reconnaissait lui-même.
GALA : Comment cette boulimie d’activités a-t-elle été vécue par votre entourage ?
P. B. : « J’ai été à la fois un mari et un père absent mais j’ai essayé de transmettre des principes à ma progéniture. »

GALA : Que lui avez-vous appris ?
P. B. : « Je ne suis pas un moraliste mais à mes deux filles – qui m’ont donné quatre petits-fils et deux arrière-petits-fils –, j’ai parlé de ce que je connaissais : de la valeur du travail. »
Il expliquait également avoir insisté sur ce principe à une période particulière. « J’ai insisté là-dessus notamment quand je l’ai trouvé dévalorisé par les trente-cinq heures de madame Aubry. »
Enfin, Philippe Bouvard avait transmis à ses enfants son attachement au journalisme. « J’ai fait passer ce message qu’il n’y avait pas de plus beau métier que celui de journaliste. Pour moi, l’humanité se divise en deux : les journalistes et les autres. »
Parmi ses enfants, l’une avait longtemps possédé une carte de presse. L’autre était devenue publicitaire.
Philippe Bouvard face au grand âge et à la mort
À 91 ans, Philippe Bouvard abordait également sans détour la question du vieillissement. Il ne cachait pas les difficultés liées au temps qui passe.
GALA : Peut-on vieillir avec grâce ?
P. B. : « La vie qui s’achève, ce n’est pas très gai en fait, surtout quand on ne croit en rien de religieux. On entend et on voit moins bien mais si la pensée fonctionne, c’est l’essentiel. »
Ses souvenirs occupaient alors une place essentielle dans son quotidien. Pourtant, il affirmait ne nourrir ni remords ni regrets.
« En ce qui me concerne, mes souvenirs me tiennent compagnie. Et est-ce que j’ai des remords ou des regrets ? Sûrement pas. Je ne voudrais même pas revenir à mes 70 ans. »
Le journaliste rappelait également avoir été hospitalisé pour la première fois à 89 ans. Il en avait alors 91.
« Ça va, je suis gâté. Je suis quelqu’un de très heureux même si les sujets de bonheur se sont rétrécis. »
Son secret pour rester en forme
GALA : Quel est le secret de votre forme ?
P. B. : « Je dors entre dix et douze heures par nuit, sans aucun cachet mais avec mon petit Yorkshire baptisé Toutou entre mes pieds. Je ne fume pas, je ne bois pas et plutôt que de regarder la télé, je me repasse en fermant les yeux les séquences les plus réussies de ma longue existence. »
Enfin, Philippe Bouvard avait été interrogé sur le souvenir qu’il souhaitait laisser. Fidèle à lui-même, il avait répondu avec une dernière pointe d’humour.
GALA : Quel souvenir voulez-vous laisser ?
P. B. : « Un jour, si je disparais, je voudrais qu’on dise de moi que je n’étais pas trop con et pas très paresseux et puis qu’on écrive comme épitaphe “Il y est passé, comme les autres.” »
Puis, il concluait avec une formule particulièrement marquante : « En attendant, je pense à la mort en espérant très fort qu’elle ne pense pas à moi. »