
Remarques sur le poids glissées entre deux questions médicales, régime imposé avant même d’avoir écouté le motif de consultation, symptômes systématiquement rattachés à la corpulence : la grossophobie dans le soin n’est pas une impression isolée. C’est un phénomène documenté par la recherche médicale et sociologique. Et les femmes, en particulier, y sont confrontées de façon spécifique.
Un phénomène mesuré, pas seulement ressenti
Une étude publiée en 2022 dans la revue Médecine, menée auprès de patientes et de médecins généralistes, rappelle un chiffre important. En 2017, les trois quarts des femmes obèses et la moitié des femmes en surpoids déclaraient avoir déjà reçu des remarques négatives sur leur poids de la part de professionnels de santé.
Ce biais ne concerne pas seulement quelques praticiens. Une étude française de 2005 montrait déjà que 30 % des médecins généralistes, internes et cardiologues interrogés avaient des stéréotypes négatifs envers les personnes très corpulentes. Parmi ces préjugés figurait notamment l’idée qu’elles seraient plus paresseuses ou plus indulgentes envers elles-mêmes.
Ces représentations ne sont d’ailleurs pas propres au monde médical. Selon un sondage commandé en 2020 par la Ligue contre l’obésité, 67 % des Français pensent que perdre du poids est avant tout une question de volonté. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé définit l’obésité comme une maladie multifactorielle, influencée notamment par la génétique, le métabolisme et l’environnement.
Des mécanismes concrets qui dégradent le soin
Le problème ne se limite pas à quelques mots maladroits. Les chercheurs constatent que les médecins attribuent souvent, en premier lieu, les problèmes de santé de leurs patientes obèses à leur poids, avant d’explorer d’autres causes possibles.
Ainsi, des douleurs, des saignements ou d’autres symptômes peuvent être minimisés. Ils peuvent aussi être expliqués trop rapidement par la corpulence. Cette situation risque alors de retarder un diagnostic qui aurait nécessité des examens complémentaires.
Cette dynamique a également une conséquence directe sur le recours aux soins. Les patientes qui ont vécu des remarques stigmatisantes consultent moins et font moins confiance à leurs soignants. Certaines repoussent ou annulent même leurs rendez-vous. Elles peuvent notamment craindre d’être pesées ou de subir à nouveau des commentaires sur leur poids.
Ce non-recours aux soins peut concerner le suivi gynécologique de routine. Il peut aussi toucher la prise en charge de pathologies qui n’ont aucun lien avec le poids. Un cercle problématique peut alors s’installer : la stigmatisation elle-même finit par aggraver l’état de santé qu’elle prétend combattre.
Un changement de regard apparaît donc nécessaire. Il passe notamment par une meilleure reconnaissance de l’obésité comme une maladie chronique et multifactorielle.